En Ecosse, l’hôtellerie-restauration traverse une crise profonde. Entre les conséquences du Brexit avec la fin de la libre circulation des travailleurs européens et des conditions d’emploi peu attractives, le secteur peine à recruter.
“Le secteur de l’hospitalité est à genoux, en particulier au Royaume-Uni”, déclare Stephen Monroe, le propriétaire de Clachan Garden près de la ville de Garve, en Ecosse. Et pour cause : le manque de travailleurs dans ce secteur a atteint les 73 000 personnes au Royaume Uni en 2025, selon le rapport de janvier 2026 de l’intersyndicale HOTREC.
Un manque de main d’œuvre qui a poussé Stephen Monroe a fermer deux de ses cafés et à revendre son hôtel. “Je ne regrette pas du tout, les choses se sont envenimées depuis la COVID et ça ne s’est jamais amélioré.” Après la crise sanitaire de la COVID, les difficultés de ce secteur se sont accrues pour atteindre un pic en 2022. Cette année-là, quelque 174 000 personnes manquaient aux rangs des cuisines de restaurants et des chambres d’hôtels.
Une difficulté conjoncturelle qui cache un problème structurel de manque de main d’œuvre. Depuis le Brexit, la perte de la main-d’œuvre venue d’Europe a été substantielle. Depuis, les politiques anti migratoires se sont enchainées et elles ont porté un coup à l’industrie hôtelière du pays. Depuis le 1er janvier 2021, le système britannique ne prévoit plus de voie générale de visa pour les « low‑skilled workers » (travailleurs peu qualifiés). Un coup dur pour l’industrie puisqu’elle a aussi été évincée de la possibilité de postuler aux visas saisonniers réservés aux travailleurs agricoles à des moment très précis de l’année.
Brexit et politiques migratoires : un tournant décisif
Seule alternative : se tourner vers les visas d’emplois qualifiés mais plutôt destinés aux postes de managers. Une politique assumée par le gouvernement pour réduire fortement l’immigration nette et privilégier les profils hautement qualifiés. Celli Peter John du Smithton Hotel à Inverness avait l’habitude de travailler avec des Polonais et des Allemands. Sa ville est une destination prisée car une porte d’entrée sur les Highlands, avec notamment son mythique Loch Ness. Mais après le Brexit les choses ont changé : “Le genre de postes que nous cherchons à pourvoir n’est pas éligible au visa, car il faut gagner un certain montant d’argent, beaucoup d’argent.” Dans ce cas, le seuil de salaire annuel exigé est passé d’environ 26 200 à 38 700 Livres sterling, soit une augmentation d’environ 47% en 2024. Toutefois, dans ce secteur, “le travail est difficile et la paye n’est pas très bonne”, résume Stephen Monroe.
Et un fort niveau de qualification est difficile à justifier. Dans l’hôtellerie, les recruteurs cherchent du personnel polyvalent capable de travailler en cuisine, au bar, à la réception. “On cherche des personnes capables de tout faire, dans les petites structures comme la nôtre”, continue Celli Peter John. Des emplois peu qualifiés qui demandent davantage de motivation que des diplômes et donc peu adaptés aux nouvelles politiques d’immigration. Une observation corroborée par les chiffres de l’HOTREC : “En 2021, environ 30 % des effectifs du secteur n’avaient pas terminé leurs études secondaires (contre 16,3 % dans l’ensemble de l’économie)”.
“On faisait venir des Européens, aujourd’hui ce n’est plus possible”
Le gérant du Smithton Hotel a constaté amèrement la fin de l’embauche d’une certaine main d’oeuvre immigrée.“Notre industrie tend à employer des jeunes gens pour leur premier contrat, des jeunes qui voyagent et qui s’arrêtent quelques semaines ou mois pour se faire un peu d’argent.”
Des parcours saisonniers qui n’étaient pas sans intérêt pour autant sur le long terme. “Ces jeunes ne savent pas encore vraiment ce qu’ils vont faire de leur vie. C‘est comme ça qu’on tombe dans ce secteur, ça a été mon cas. Et en fin de compte, j’ai bien aimé et j’y suis resté”, continue-t-il.
Fin aussi de l’ouverture de ces postes aux migrants fraîchement arrivés dans le pays.“On travaillait avec des Polonais qui ont des emplois qualifiés dans leur pays mais qui ont migré au Royaume Uni. En arrivant, ils se demandent quelle profession exercer pour améliorer leur anglais. Alors ils commencent à travailler dans l’industrie hôtelière, parfois pendant des années. En fin de compte, leur anglais s’améliore et ils se tournent vers d’autres emplois.” Un tremplin linguistique et une intégration par le travail devenu impossible.
En parallèle, le propriétaire regrette le manque de candidats du côté des Ecossais. “Quand les Européens faisaient partie du processus de recrutement, ça dynamisait le secteur, il y a avait davantage de compétition entre les candidats pour obtenir les postes. Il y avait plus de candidats et donc plus de chances d’engager le meilleur”, témoigne-t-il.
Les hôtels mettent tout de même en place des mesures pour rendre ces postes attractifs aux locaux. Lauren, réceptionniste du Caledonian Hotel à Ullapool a profité de cette bonne volonté: “Le souci majeur c’est le logement. Personnellement, je préfère faire de l’hôtellerie que de la restauration parce que dans le deuxième cas, je peux être logée sur mon lieu de travail.” Des mesures plus facilement mises en place par les plus grandes structures qui ont davantage de moyens d’investissement.
De son côté, Celli Peter John dit avoir augmenté les salaires “un peu au-dessus du salaire minimum” pour attirer les candidats. Mais il reste un peu incertain vis à vis du futur : “Pour l’instant j’ai mes équipes pour l’été alors tout ira bien… Tant que rien ne tourne mal”.
Le secteur de l’hôtellerie écossais va mal et ce n’est que le reflet du reste du pays. Le secteur britannique de l’hôtellerie‑restauration a détruit environ 170 000 emplois en treize mois entre l’automne 2024 et fin 2025, selon l’organisation professionnelle UK Hospitality. Un événement attribué à la hausse des charges patronales et des coûts de l’énergie couplé à une demande fragile ce qui a abouti à la fermeture de nombreux établissements.
